Renégociation de l'ACEUM 2026 : Gérer le risque commercial pour les entreprises canadienne
Pour les dirigeants d'entreprises canadiennes, l'incertitude commerciale et tarifaire n'est plus un risque théorique. Entre les menaces tarifaires persistantes et les mesures de représailles, les perturbations de la chaîne d'approvisionnement et l'imprévisibilité des politiques, les deux dernières années ont été marquées par des turbulences et une volatilité quasi constantes. Pour de nombreuses entreprises, ce qui ressemblait à une brève tempête politique s'est progressivement révélé être la nouvelle normalité pour faire des affaires en Amérique du Nord.
Cette réalité est sur le point d'être mise à l'épreuve une nouvelle fois. L'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), qui sous-tend environ mille milliards de dollars d'échanges commerciaux annuels entre les trois pays, doit faire l'objet d'une renégociation formelle à compter de cet été, et l'issue est loin d'être déterminée. Les enjeux pour les entreprises canadiennes sont considérables dans pratiquement tous les secteurs, de l'agriculture et de l'automobile aux services financiers et aux technologies.
Les entreprises qui ont géré leur exposition tarifaire de manière réactive trouveront dans la période de renégociation l'occasion idéale de prendre de l'avance sur les risques. Celles qui agissent dès maintenant pour adapter leurs chaînes d'approvisionnement, diversifier leurs relations commerciales et mettre en place les bonnes protections seront beaucoup plus résilientes et mieux positionnées pour demeurer concurrentielles.
Le contexte tarifaire au Canada
La volatilité commerciale au cours de la dernière année a considérablement affecté les économies canadienne et américaine, qui sont étroitement intégrées. Après l'introduction initiale de contre-mesures tarifaires canadiennes visant à compenser les effets des droits de douane américains, le gouvernement fédéral a levé ces contre-tarifs en septembre 2025, en reconnaissance de l'approche des États-Unis qui permet à la majorité des marchandises canadiennes d'entrer aux États-Unis en franchise de droits dans le cadre de l'ACEUM.
Les contre-tarifs sur l'acier, l'aluminium et les automobiles demeurent en vigueur pendant que les négociations avec les États-Unis se poursuivent. Cela s'explique par le fait que les États-Unis maintiennent des tarifs dans ces secteurs, sans accorder d'exemption pour les marchandises conformes à l'ACEUM.
Étant donné que l'« importateur officiel » est généralement responsable du paiement de ces droits, les entreprises canadiennes agissant à titre d'importateurs ont continué de faire face à des coûts opérationnels plus élevés, comprimant leurs marges bénéficiaires et réduisant leurs flux de trésorerie. Cet impact a été particulièrement ressenti dans les régions où les secteurs de l'automobile et de la fabrication sont importants, notamment en Ontario et au Québec.
Pour les exportateurs canadiens, les acheteurs américains agissant à titre d'importateurs officiels peuvent être confrontés à des prix plus élevés, entraînant une baisse de la demande pour les marchandises canadiennes — un impact particulièrement ressenti dans les secteurs vulnérables tels que la fabrication, l'énergie, la foresterie et l'aérospatiale.
Naviguer dans les mesures fédérales canadiennes de soutien et de remise
Afin d'atténuer les répercussions négatives sur le marché et les entreprises, le gouvernement canadien a mis en place des mesures ciblées pour soutenir l'adaptation du marché aux tarifs douaniers, compte tenu des indications de l'administration Trump selon lesquelles il est peu probable que ceux-ci soient levés.
Les gestionnaires de risques canadiens devraient explorer les voies disponibles, notamment le programme fédéral de soutien tarifaire, qui comprend un milliard de dollars en financement de la Banque de développement du Canada (BDC) et 500 millions de dollars en financement régional spécifiquement conçu pour les secteurs touchés par les tarifs, tels que la fabrication et l'exportation de produits contenant de l'acier, de l'aluminium ou du cuivre.
Il existe également un cadre de remise ciblé, traité au cas par cas, permettant aux entreprises de demander un remboursement ou un allègement des tarifs payés. Ce processus est rigoureusement examiné par l'Agence des services frontaliers du Canada et s'applique généralement aux situations où les marchandises utilisées comme intrants ne peuvent pas être approvisionnées sur le marché intérieur ou raisonnablement auprès de sources non américaines, ou dans d'autres circonstances exceptionnelles susceptibles d'avoir de graves répercussions négatives sur l'économie canadienne.
Gérer le risque tarifaire et protéger votre entreprise
À l'approche des discussions prévues sur la renégociation de l'ACEUM, qui devraient débuter en juillet, les entreprises canadiennes devraient saisir l'occasion de protéger leurs activités dans la mesure du possible.
Comprendre votre risque. Évaluez (ou réévaluez) votre exposition aux tarifs douaniers auprès de vos fournisseurs de niveau 1, 2 et 3. Obtenir une visibilité sur l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement est essentiel pour comprendre où les coûts tarifaires s'accumulent et où vous pourriez optimiser vos transactions dans le cadre d'accords commerciaux tels que l'ACEUM, ou de nouveaux accords commerciaux bilatéraux susceptibles de remplacer l'ACEUM.
Réviser les ententes contractuelles. De nombreuses ententes commerciales existantes comprennent des clauses de « force majeure » standard, mais ces dispositions couvrent rarement les questions liées aux tarifs douaniers, aux retenues en douane ou aux mesures commerciales de représailles. Assurez-vous que vos contrats avec les fournisseurs et les clients allouent clairement la responsabilité du paiement des tarifs et droits de douane (en définissant qui agit à titre d'importateur officiel), prévoient des clauses d'indemnisation et d'assurance robustes, et établissent des mécanismes de renégociation des prix ou des responsabilités en cas d'ajustements tarifaires soudains. De plus, consultez des conseillers juridiques et
fiscaux afin de gérer les ajustements des prix de transfert, de naviguer dans le processus fédéral de remise (le cas échéant) et de comprendre l'incidence des tarifs sur la planification fiscale de votre entreprise.
Réviser et optimiser vos programmes d'assurance. Travaillez avec votre courtier pour évaluer si votre chaîne d'approvisionnement pourrait être perturbée par des restrictions commerciales, des retards douaniers ou des déviations d'itinéraires, et déterminez si une couverture spécialisée contre les perturbations du commerce est nécessaire. Assurez-vous également que les limites des polices et les valeurs déclarées sont adéquates, en gardant à l'esprit que les tarifs peuvent faire augmenter le coût de remplacement de la machinerie, des pièces et des stocks importés. Il est important de présenter aux souscripteurs un portrait clair de la résilience de votre chaîne d'approvisionnement, de vos stratégies d'approvisionnement alternatives et de vos protocoles de conformité, afin d'obtenir les conditions et les prix les plus favorables.
L'incertitude commerciale exige une approche holistique de la gestion des risques
S'adapter à un contexte réglementaire en constante évolution requiert une approche globale de la gestion des risques. Qu'il s'agisse d'optimiser votre programme d'assurance mondial, d'évaluer les vulnérabilités de votre chaîne d'approvisionnement ou d'obtenir des solutions spécialisées en matière de crédit commercial, les entreprises canadiennes doivent demeurer proactives.

