
ARTICLES / MARCH 14, 2022
La menace des incendies de forêt au Canada est loin d'être une simple note de bas de page saisonnière. Avec des saisons qui commencent plus tôt, qui durent plus longtemps et qui produisent des feux plus difficiles à contenir et plus dévastateurs, les incendies de forêt sont devenus un risque financier et opérationnel déterminant pour les entreprises d'un bout à l'autre du pays. Les perspectives en matière de risque d'incendie de forêt au Canada pour 2026 constituent une fois de plus un signal clair à l'intention des entreprises : le moment est venu de se préparer et d'assurer leur résilience.
Pour de nombreux Canadiens, l'été 2024 a rendu la crise des incendies de forêt impossible à ignorer. La ville de Jasper, communauté de montagne et porte d'entrée de l'un des parcs nationaux les plus précieux du Canada, a vu près du tiers de ses maisons et de ses commerces partir en fumée. Les images de la destruction ont circulé partout au pays, touchant personnellement les millions de Canadiens qui y avaient campé, parcouru ses sentiers ou simplement grandi en la connaissant comme un emblème du paysage national.
La seule province de l'Alberta a enregistré plus d'un milliard de dollars en pertes liées aux incendies de forêt cette année-là. À l'échelle nationale, 2024 est devenue l'année la plus coûteuse jamais enregistrée (opens a new window) au Canada en matière de pertes catastrophiques assurées globales, s'établissant à environ 8,5 milliards de dollars. Pour les assureurs commerciaux en particulier, il s'agissait de l'année la plus onéreuse en près d'une décennie, selon le Bureau d'assurance du Canada (opens a new window).
Jasper n'a été que le dernier chapitre d'une décennie marquée par l'escalade des pertes liées aux incendies de forêt. Le Canada a connu 16 événements catastrophiques d'incendie de forêt entre 2016 et 2025 (opens a new window), comparativement à seulement deux au cours de la décennie précédente. La trajectoire se dessinait depuis des années : l'incendie de Fort McMurray en 2016 a forcé 80 000 personnes à quitter leur domicile et causé plus de 4,8 milliards de dollars en dommages assurés (en dollars de 2025). L'année 2023 a quant à elle établi des records, avec 6 000 incendies ayant ravagé 15 000 hectares de territoire (opens a new window), une superficie équivalente à celle de l'Angleterre.
La question n'est plus de savoir si les communautés canadiennes sont vulnérables, mais à quel point elles le sont. L'an dernier a porté son propre avertissement à cet égard, malgré une apparente accalmie. Comme l'a déclaré Laura Twidle, présidente et directrice générale de CatIQ (opens a new window) : « Bien que 2025 ait constitué un répit bienvenu après les pertes records de 2024, les données montrent que cette année "normale" ne l'était pas vraiment. Nous avons observé le plus grand nombre de catastrophes liées aux incendies jamais déclarées, et, fait peut-être encore plus notable, celles-ci sont toutes survenues dans des provinces qui n'avaient jamais connu auparavant de catastrophe industrielle liée aux incendies. »
Le fardeau se répartit également de façon inégale au sein du Canada. Les communautés des Premières Nations représentent 42 % des évacuations liées aux incendies de forêt (opens a new window), bien qu'elles ne constituent qu'environ 5 % de la population canadienne, selon les données gouvernementales. L'an dernier, près de 45 000 personnes provenant de 73 communautés des Premières Nations ont été déplacées par des incendies de forêt (opens a new window).
La saison des incendies de forêt 2026 au Canada s'annonce potentiellement sérieuse. Selon la mise à jour de préparation 2026 du gouvernement du Canada (opens a new window), des températures supérieures à la normale sont prévues dans presque toutes les régions du pays au cours des mois d'été, aggravant des déficits de précipitations persistants, notamment dans l'Ouest canadien. La Colombie-Britannique fait face au risque d'incendie le plus élevé et le plus soutenu, tandis qu'un danger d'incendie accru devrait également se manifester rapidement dans certaines parties du nord, du centre et de l'est du Canada. Le nord-ouest de l'Ontario, dont les prévisions tablent sur des précipitations inférieures à la normale, figure parmi les régions suscitant une préoccupation particulière.
Le gouvernement fédéral a clairement indiqué qu'il ne s'agit pas d'un risque limité aux zones historiquement vulnérables. De nouvelles zones géographiques entrent en territoire à risque élevé, et les conditions à l'origine de ce changement, des régimes météorologiques plus chauds, plus secs et plus venteux, sont le fruit de tendances climatiques à long terme, et non d'une seule saison anormale.
En réponse, Ottawa a fait de la préparation aux incendies de forêt une priorité budgétaire importante, en consacrant des fonds à la lutte aérienne contre les incendies, à la réponse civile ainsi qu'à la préparation et à l'intervention sur les terres administrées par le gouvernement fédéral. Notamment, le Système national d'alertes au public, un outil essentiel pour transmettre rapidement les avertissements aux Canadiens, est modernisé grâce à un investissement de 55,4 millions de dollars sur quatre ans. À plus long terme, un investissement de 285 millions de dollars s'étendant jusqu'en 2028 vise à réduire globalement le risque d'incendie de forêt, notamment en élargissant la portée des orientations du programme Intelli-feu™ Canada aux communautés à risque élevé.
Le soutien aux communautés autochtones, qui supportent une part disproportionnée des déplacements liés aux incendies de forêt, constitue également un fil conducteur de la réponse fédérale. Le gouvernement dirige des dizaines de millions de dollars de financement annuel continu par l'entremise de Services aux Autochtones Canada pour soutenir la préparation aux situations d'urgence des Premières Nations, la résilience des communautés et la capacité sanitaire locale, en plus d'un engagement quinquennal de 57,2 millions de dollars en faveur de mesures préventives Intelli-feu dirigées par les Autochtones dans les zones à risque élevé.
Ces engagements sont significatifs, mais les investissements gouvernementaux ne protègent pas les entreprises contre les perturbations opérationnelles, les pertes de biens ou la complexité croissante du marché de l'assurance commerciale.
Pour les entreprises exerçant leurs activités au Canada, l'environnement de risque accru lié aux incendies de forêt exige une préparation active.
Élaborer et tester un plan d'action d'urgence. Toute organisation exerçant ses activités dans des zones exposées aux incendies de forêt ou à proximité de celles-ci devrait disposer d'un plan d'action d'urgence documenté, identifiant les équipes de réponse clés, définissant les rôles individuels et décrivant clairement les procédures d'évacuation ainsi que les sites d'exploitation de remplacement. Les plans doivent être testés régulièrement et mis à jour à mesure que le personnel change ou que les installations s'agrandissent.
En cas de menace active d'incendie, les actions prioritaires comprennent : surveiller les mises à jour officielles sur la progression des incendies, vérifier le bon fonctionnement des systèmes de suppression d'incendie, déplacer ou sécuriser les actifs critiques, sauvegarder les serveurs et les documents numériques, et photographier les biens à des fins d'évaluation pour l'assurance.
Créer une zone de protection autour de votre propriété. La préparation physique de la propriété elle-même est l'une des mesures de réduction des risques les plus efficaces qu'une entreprise puisse prendre. Il s'agit notamment de retirer la végétation combustible et les débris aux abords immédiats des bâtiments, d'élaguer les arbres dont les branches surplombent les structures, de dégager les gouttières des matières sèches et de maintenir des zones tampons bien arrosées là où cela est possible. Intelli-feu Canada offre des orientations détaillées et fondées sur des données probantes en matière de normes d'espace défendable pour les propriétés commerciales et résidentielles.
Selon un rapport sectoriel conjoint rédigé par Lockton Re et Green Shield Risk Solutions (opens a new window), la mise en place d’une seule mesure de prévention localisée, telle qu’un espace défendable aménagé ou une couverture de toiture résistante au feu, peut entraîner une réduction immédiate de 6 % à 13 % des pertes modélisées.
Se préparer au rétablissement avant d'en avoir besoin. Le rétablissement à la suite d'un incendie de forêt majeur peut prendre des mois, voire des années. Les entreprises qui ont conclu des ententes de services de restauration à l'avance, qui tiennent des inventaires de biens détaillés et à jour et qui disposent d'évaluations d'actifs précises sont nettement mieux positionnées pour traverser le processus de réclamation et reprendre leurs activités plus rapidement. La constitution de stocks de produits ignifuges à longue durée d'action, le cas échéant, peut également limiter les dommages structurels lors d'un sinistre.
Examiner attentivement votre couverture d'assurance. Travaillez avec votre courtier pour vous assurer que votre couverture ne contient pas d'exclusions liées aux incendies de forêt et confirmez que les dommages causés par la fumée ainsi que les risques secondaires (tels que les glissements de terrain ou les coulées de débris pouvant survenir après un incendie) sont inclus dans votre police. À mesure que le risque d'incendie de forêt s'étend à de nouvelles zones géographiques, les hypothèses standard des polices peuvent ne plus refléter votre exposition réelle. Des limites adéquates, et pas seulement une couverture en principe, revêtent une importance capitale lorsque les pertes se matérialisent.
Les produits d'assurance paramétriques méritent également d'être explorés. Contrairement à la couverture d'indemnisation traditionnelle, les polices paramétriques peuvent offrir des paiements de sinistres rapides, dans certains cas dans un délai de 30 jours, et peuvent être structurées pour couvrir les pertes d'exploitation liées à la détérioration de la qualité de l'air ou à d'autres conditions allant au-delà des seuls dommages matériels.
Démontrer une gestion active des risques à vos souscripteurs. Les entreprises capables de démontrer des pratiques proactives de gestion des risques sont mieux positionnées pour obtenir une couverture et négocier des conditions avantageuses. Cela peut inclure le partage de données sur la gestion de la végétation, l'entretien des systèmes de suppression d'incendie, la formation du personnel ou le déploiement de technologies réduisant le risque d'ignition. Les souscripteurs sont de plus en plus attentifs à la qualité du risque, et pas seulement à sa localisation.
Cette démarche présente un intérêt financier direct : le rapport conjoint de Lockton Re et Green Shield Risk Solutions (opens a new window)montre que le fait de documenter de manière exhaustive les dispositifs de sécurité au niveau des biens immobiliers peut réduire le profil de risque modélisé d'une entreprise de 20 % en moyenne. Cela fournit aux souscripteurs les données concrètes dont ils ont besoin pour justifier des réductions de primes et obtenir de meilleures conditions de couverture.
Le risque d'incendie de forêt au Canada a franchi un seuil. Il ne s'agit plus d'une préoccupation régionale ni d'un événement catastrophique rare, mais d'un facteur systémique et croissant du paysage national des risques. La nécessité d'agir n'a jamais été aussi évidente. Les entreprises qui traitent la préparation aux incendies de forêt comme une priorité stratégique, et non comme une simple tâche de gestion des installations, seront mieux positionnées pour protéger leurs employés, préserver leurs actifs et se rétablir plus rapidement lors du prochain incendie.
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