Points clés à retenir • Pour les organisations canadiennes, l'intégration profonde des chaînes d'approvisionnement nord-américaines signifie que les risques financiers, opérationnels, contractuels et liés aux contreparties peuvent rapidement traverser la frontière canado-américaine. • Les expositions liées aux tarifs découlent de plus en plus des risques liés à la chaîne d'approvisionnement, à la gouvernance, aux litiges et à la réglementation, plutôt que des tarifs eux-mêmes. • Les marchés de l'assurance demeurent concurrentiels, mais les effets des changements d'approvisionnement et d'exploitation pourraient se manifester avec le temps. • Les organisations devraient réévaluer leurs expositions, leurs limites, leurs dépendances envers les fournisseurs, leurs contrôles de gouvernance et les lacunes potentielles en matière de couverture. |
L'an dernier, nous avons exploré comment les tarifs pourraient influencer les programmes d'assurance (opens a new window) et la gouvernance d'entreprise, présentant des risques pour les entreprises et les hauts dirigeants (opens a new window). Depuis, les tensions commerciales se sont intensifiées, particulièrement entre les États-Unis et le Canada, entraînant des litiges, des perturbations dans la chaîne d'approvisionnement et un examen plus minutieux des décisions de gestion.
Pourtant, les risques les plus importants pourraient ne pas provenir des tarifs eux-mêmes, mais plutôt des décisions que les entreprises prennent en réaction à ceux-ci. Les changements de fournisseurs, d'emplacements de fabrication, de stratégies d'inventaire et d'ententes contractuelles peuvent remodeler les profils de risque bien avant qu'une perte ne survienne.
Pour les organisations des deux côtés de la frontière, la leçon à retenir n'est pas de se concentrer sur la dernière annonce tarifaire. Il s'agit plutôt de repérer les nouvelles expositions créées par les changements opérationnels découlant des tarifs et de veiller à ce que les contrôles de risque et les programmes d'assurance évoluent en conséquence
D'une perturbation à court terme à une incertitude à long terme
Après une année 2025 très mouvementée, l'incertitude commerciale s'est poursuivie en 2026.
À la suite d’une décision de la Cour suprême des États-Unis annulant des tarifs antérieurs, les États-Unis ont imposé un tarif mondial temporaire de 10 % ainsi que des mesures additionnelles visant certains pays, dont le Canada.
Les négociations subséquentes visant le renouvellement de l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) ont échoué, laissant l'accord sujet à un examen annuel. D'autres mesures visant les importations canadiennes ont suivi, provoquant des représailles canadiennes et soulevant la possibilité de nouveaux tarifs touchant les automobiles, les pièces d'automobiles et l'acier.
Au-delà du Canada, les États-Unis ont imposé de nouveaux tarifs à des dizaines de pays, créant une incertitude opérationnelle et financière généralisée pour les entreprises.
Les risques à long terme des décisions liées aux tarifs
Bien que plusieurs des effets immédiats des tarifs se manifestent par des coûts plus élevés et des perturbations opérationnelles, certaines des conséquences les plus importantes pourraient prendre des années à se concrétiser. À long terme, les changements de fournisseurs, les déplacements d'approvisionnement et la relocalisation de la production entre différentes juridictions peuvent entraîner des réclamations en responsabilité du fait des produits, des rappels, des préoccupations liées au contrôle de la qualité, des défis réglementaires ou des litiges contractuels qui ne sont peut-être pas prévisibles aujourd'hui.
Le différend commercial de 2018 et 2019 entre le Canada et les États-Unis sur l'acier et l'aluminium offre une leçon précieuse (opens a new window). Les exportateurs canadiens ont réagi à ces tarifs en restructurant leurs chaînes d'approvisionnement, en diversifiant leurs partenaires de production et de logistique, et en réévaluant leurs décisions d'investissement. Bien que ces mesures aient contribué à atténuer les pressions tarifaires immédiates, elles ont également remodelé les activités commerciales d'une manière qui allait au-delà des tarifs eux-mêmes. Les organisations qui apportent des ajustements similaires aujourd'hui devraient tenir compte des répercussions opérationnelles, contractuelles et de gestion des risques à plus long terme de ces décisions.
Des risques qui vont au-delà des tarifs eux-mêmes
Les changements, retards ou invalidations des régimes tarifaires peuvent soulever des questions concernant les coûts refilés aux clients et les fonds recouvrés, y compris des préoccupations contractuelles, de divulgation, de litige, de réputation, fiscales et de gouvernance. Toutefois, les changements opérationnels effectués pour éviter, absorber ou refiler les tarifs pourraient créer des risques plus vastes.
Expositions émergentes en matière de gouvernance et de litiges
Les expositions liées aux tarifs se sont de plus en plus concrétisées sous forme de litiges en valeurs mobilières, de recours dérivés et d'application de la loi sur les fausses déclarations (False Claims Act, ou FCA) par le département de la Justice des États-Unis (U.S. DOJ). En juillet, le U.S. DOJ a annoncé plus d'un milliard de dollars en recouvrements civils et criminels (opens a new window) et en pertes inculpées en vertu de la FCA depuis le lancement de son groupe de travail sur la fraude commerciale (Trade Fraud Task Force) en août 2025.
Bien que plusieurs des mesures d'application et des développements juridiques les plus visibles se produisent aux États-Unis, les organisations canadiennes ayant des activités, des clients, des fournisseurs ou des obligations de déclaration transfrontalières ne devraient pas présumer qu'elles sont à l'abri des risques connexes en matière de gouvernance, de divulgation, de litige ou de réglementation.
Ces risques ne se limitent pas non plus aux grandes entreprises ou aux sociétés cotées en bourse. Les organisations privées sont également susceptibles de faire l'objet d'enquêtes réglementaires, de mesures d'application, de litiges contractuels, de réclamations de consommateurs et d'allégations liées à des décisions relatives aux tarifs. Des expositions peuvent également découler des répercussions sur les fournisseurs, les prestataires de services, les clients et les partenaires commerciaux.
Ajustements de la chaîne d'approvisionnement
Depuis le début de 2025, les organisations ont changé de fournisseurs, relocalisé leur production et révisé leurs stratégies d'approvisionnement à travers l'Amérique du Nord. Bien que ces changements puissent réduire les coûts ou améliorer la résilience, des régions et des fournisseurs peu familiers peuvent affaiblir les contrôles de qualité, la traçabilité, la conformité et les protections contractuelles, augmentant ainsi les risques liés à la responsabilité du fait des produits, aux rappels, aux biens et à l'interruption des affaires.
À mesure que les chaînes d'approvisionnement s'étendent à de nouveaux marchés, les organisations pourraient également devoir évaluer des risques géopolitiques plus vastes, notamment l'intervention gouvernementale, les restrictions sur le mouvement des fonds, la révocation de licences, l'expropriation et les restrictions commerciales. L'assurance contre le risque politique peut atténuer certaines de ces expositions, particulièrement lorsque des investissements étrangers ou des engagements contractuels sont en cause.
Les changements de fournisseurs peuvent également créer une exposition en matière de gouvernance. Les dirigeants et les conseils d'administration pourraient faire l'objet d'un examen minutieux concernant les décisions de sélection, la diligence raisonnable, les évaluations de risque et les divulgations. Les réclamations futures pourraient ne pas mentionner explicitement les tarifs, mais pourraient découler de décisions opérationnelles prises en réaction à ceux-ci.
Stratégies d'inventaire
De nombreuses entreprises ont délibérément accumulé des stocks avant l'imposition des tarifs afin de contrôler les coûts ou d'éviter les pénuries. Des inventaires plus importants, des entrepôts temporaires, des installations de débordement et des itinéraires de transport alternatifs peuvent :
Augmenter le risque de concentration et la gravité potentielle d'une seule perte liée aux biens ou à l'interruption des affaires, au-delà de ce qui avait été initialement prévu lors de la conception des programmes existants d'assurance des biens et de la cargaison.
Accroître les besoins de financement et de fonds de roulement.
Laisser les entreprises avec des stocks coûteux si les tarifs sont réduits ou éliminés, si la demande fléchit, ou si les habitudes commerciales changent.
Risque lié aux contreparties
Selon le Bureau du surintendant des faillites (opens a new window), le nombre total d'insolvabilités canadiennes a augmenté de 4,9 % au cours de la période de 12 mois se terminant le 31 juillet 2026. Bien que les insolvabilités des entreprises aient diminué par rapport à l'année précédente, l'activité d'insolvabilité est demeurée élevée dans certains secteurs de l'économie et a reflété la pression financière continue exercée sur les ménages et les entreprises.
Au sud de la frontière, près de 800 entreprises américaines ont déclaré faillite en 2025, soit le plus grand nombre depuis 2010, selon S&P Global Market Intelligence. Un autre 372 entreprises ont déclaré faillite au premier semestre de 2026 (opens a new window), soit le total le plus élevé pour un premier semestre depuis 2010.
Prises ensemble, ces données soulignent comment la pression financière au Canada ou aux États-Unis peut créer un risque de contrepartie à travers les chaînes d'approvisionnement nord-américaines intégrées. Les organisations ayant des clients, des fournisseurs ou des réseaux de distribution transfrontaliers devraient surveiller étroitement la santé financière de leurs partenaires commerciaux clés.
Les tarifs seuls ne causent pas les faillites, mais ils exercent une pression financière additionnelle sur des organisations qui font déjà face à l'inflation et à l'incertitude économique, en augmentant les coûts, en compressant les marges et en perturbant les chaînes d'approvisionnement.
L'assurance crédit commercial peut aider à protéger contre les pertes découlant de l'insolvabilité, de la faillite ou du défaut prolongé d'un client, mais une surveillance continue des clients et fournisseurs clés demeure essentielle.
Risques contractuels
Les changements majeurs dans le commerce affectent les ententes avec des tiers. Lors de conflits antérieurs, les organisations ont adopté des clauses de répartition tarifaire, de force majeure, d'embargo et autres clauses similaires afin d'atténuer leur exposition.
Des défis comparables pourraient survenir aujourd'hui pour les entreprises ayant des chaînes d'approvisionnement transfrontalières, une fabrication intégrée ou des contrats pluriannuels. À mesure que les politiques commerciales entre le Canada et les États-Unis continuent d'évoluer, les organisations devraient également tenir compte de la façon dont les mesures commerciales, les changements de politiques et les négociations futures pourraient affecter les mécanismes de fixation des prix, les obligations de livraison, les exigences d'approvisionnement et d'autres dispositions qui ont pu être rédigées sous des hypothèses économiques différentes.
Répercussions en cascade dans le secteur automobile
Le secteur automobile illustre bien à quel point les risques tarifaires peuvent être interreliés. L'intégration des chaînes d'approvisionnement nord-américaines signifie que les tarifs peuvent augmenter le coût des pièces, des réparations, des véhicules de remplacement et de l'entretien, allongeant potentiellement les délais de réparation et augmentant les frais de location, les temps d'arrêt des parcs de véhicules et la gravité des réclamations. Cette dynamique est particulièrement pertinente au Canada, où la fabrication automobile et les chaînes d'approvisionnement demeurent profondément intégrées aux activités américaines.
Les exploitants de parcs de véhicules pourraient également prolonger les cycles de remplacement ou reporter l'entretien afin de contrôler les coûts, créant ainsi des défis additionnels en matière d'exploitation et de gestion des risques, dans un contexte de pressions persistantes sur l'assurance automobile commerciale.
Ce que les organisations devraient faire maintenant
À la lumière des tarifs récents et en prévision d'éventuels tarifs futurs, les organisations devraient évaluer comment les décisions liées aux tarifs affectent leurs profils de risque. Parmi d'autres mesures, les organisations devraient revoir leurs évaluations, leurs analyses de concentration, leurs limites de cargaison, leurs expositions aux catastrophes et leurs limites de police d'assurance afin de déterminer si les hypothèses actuelles reflètent toujours la réalité. Par exemple, un entrepôt contenant beaucoup plus d'inventaire que ce qui avait été initialement modélisé pourrait présenter un scénario de perte très différent de celui prévu et planifié par les souscripteurs et les gestionnaires de risque.
Au-delà des évaluations, les organisations devraient :
Repérer les changements opérationnels importants et quantifier les scénarios défavorables.
Évaluer les dépendances envers les fournisseurs, les expositions au crédit des clients et les hypothèses relatives à l'interruption des affaires.
Réviser les contrôles de gouvernance.
Réviser le langage des contrats avec les fournisseurs, y compris les clauses relatives à la répartition tarifaire, aux événements de force majeure et aux embargos.
Surveiller les développements juridiques et réglementaires liés aux tarifs, particulièrement dans leur secteur d'activité.
Examiner comment les nouveaux itinéraires d'expédition, plus complexes, pourraient affecter le risque d'accumulation et la tarification de l'assurance.
Analyser comment les risques en évolution interagissent entre les différents programmes d'assurance et où pourraient se situer les lacunes en matière de couverture.
Pour les organisations canadiennes, évaluer si les activités, fournisseurs, clients, ententes de distribution ou obligations de déclaration aux États-Unis créent des expositions transfrontalières additionnelles.
Les organisations devraient s'assurer que les décisions opérationnelles liées aux tarifs font l'objet d'une surveillance interfonctionnelle claire. Les équipes juridiques, opérationnelles, de gestion des risques et d'assurance devraient évaluer conjointement les changements en matière d'approvisionnement, d'inventaire, de tarification, de communication avec les clients et de contrats, en documentant les raisons justifiant les décisions clés ainsi que les exigences d'escalade, de divulgation et de conformité multinationale.
Des conditions d'assurance concurrentielles peuvent être avantageuses, mais elles ne rendent pas les expositions sous-jacentes liées aux tarifs moins importantes. Les organisations devraient tirer parti de la flexibilité actuelle du marché pour confirmer que leurs polices répondront comme prévu, revoir leurs limites et leurs franchises, et combler les lacunes avant que les décisions opérationnelles d'aujourd'hui ne deviennent les réclamations de demain. Pour les organisations canadiennes, cet examen devrait tenir compte de la façon dont les activités et relations commerciales interconnectées peuvent transmettre les risques à travers la frontière canado-américaine.
